Ici recommence l’Amérique. Conseils de James Baldwin – à suivre d’urgence

 

***** LE LIVRE | En librairies le 8 octobre

Ici Recommence Eddie Glaude

Comment expliquer que le mouvement des droits civiques ait permis l’élection de Reagan qui le condamnait, que Trump ait succédé à Obama ? Pourquoi l’Amérique ne cesse de se répéter dans son récit ? C’est ce qu’Eddie Glaude a voulu comprendre en se plongeant dans l’œuvre de James Baldwin, qui n’avait cessé de croire en des jours meilleurs malgré sa colère.

Du meurtre de Martin Luther King au mouvement Black Lives Matter, Eddie Glaude raconte la lutte des Noirs aux États-Unis sans dissimuler la cruauté ni les manquements du pays, sans diaboliser ni aduler ses protagonistes. Chacun doit pouvoir, qu’il soit noir ou blanc, se libérer de ces récits mensongers, sources de confusion et de souffrance, et cheminer vers sa liberté car le récit personnel est toujours intimement lié au récit national.

Une nouvelle occasion se présente aujourd’hui pour retourner aux fondements de l’égalité. Mais aura-t-on le courage de nom- mer les faits dans leur complexité ? Chacun endossera-t-il ses responsabilités ?

Classé numéro 5 des meilleures ventes du New York Times, nommé meilleur livre de l’année par Time, The Washington Post et Chicago Tribune, Ici recommence l’Amérique. Conseils de James Baldwin à suivre d’urgence a remporté le Stowe Prize 2021 et a été finaliste du Goddard Riverside Stephan Russo Book Prize for Social Justice.

***** LA PRESSE EN PARLE

THE GUARDIAN | Une méditation érudite, profondément personnelle et pourtant immensément lisible, une confrontation magistrale avec la « dernière trahison » de l’idéal américain.

THE WASHINGTON POST | Glaude remet en cause « le mensonge » selon lequel l’Amérique est fondamentalement bonne, que tous les hommes

Traduit de l’américain par Hélène Cohen et Élisabeth Sancey | Couverture © Tylor Durand
ISBN 978-2-37120-033-3 | 24.90 €
ISBN digital 978237 120 03 57 | 14.99 €

***** QUELQUES MOTS SUR EDDIE S. GLAUDE JR.

Né en 1968 dans le Mississippi, un des États où la communauté noire a le plus souffert des lynchages policiers, Eddie S. Glaude Jr. est professeur et directeur du département des études afro-américaines à la prestigieuse université de Princeton. Il est titulaire d’un doctorat en religion.Invité régulièrement sur les plateaux des chaînes télévisées américaines, il est également contributeur au Huffington PostIci recommence l’Amérique est son troisième livre.

***** NOTE DE L’ÉDITRICE

Les Éditions du Portrait ont, depuis 2018, publié uniquement des textes américains. Dans cette langue, le mot « race » appartient au vocabulaire courant. Or ce terme est, en France, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le plus souvent utilisé par des personnes racistes qui opèrent une distinction biologique entre les personnes. Il convenait donc d’écrire une note sur ce que ce mot recouvre outre-Atlantique. Cette note, qui apparaît dans tous nos ouvrages, indiquait qu’il permet aux sciences sociales américaines de prendre en compte la spécificité des expériences vécues par les Afro-Américains. Le mot « race » est ici entendu comme construction sociale1.

Pourtant, le choix de ce terme ne cesse d’interroger car son utilisation a aussi permis d’inférioriser des populations afin de les réduire en esclavage et parfois même de les exterminer. Ainsi, y recourir pour montrer que la couleur de peau est un critère pour expliquer une discrimination sociale semblait contre-intuitif et risquait d’être contre-productif. Aujourd’hui, des intellectuels américains questionnent la pertinence du mot « race » comme outil de lutte contre le racisme. Les Français, influencés par la culture américaine, le réintroduisent dans leur langue.

Karen E. Fields, sociologue, et Barbara J. Fields, professeure d’histoire à Columbia, soulignent dans Racecraft2 que « le mot “race” est trop souvent entendu comme un mot vierge, un terme neutre qui désigne un fait de façon empirique. Ce n’est pas le cas. » Pour l’écrivain et philosophe Thomas Chatterton Williams, « l’antiracisme “éveillé” part du principe que la race est réelle – à défaut d’être biologique, elle serait une construction sociale et donc aussi déterminante, sinon plus, rejoignant ainsi les présomptions toxiques du suprématisme blanc, qui insiste égale- ment sur l’importance des différences raciales. S’ils aboutissent à des conclusions opposées, les racistes et de nombreux anti-racistes ont en commun l’obsession de réduire les gens à des catégories raciales abstraites3. » Ici recommence l’Amérique d’Eddie S. Glaude Jr., avec sa plongée dans l’œuvre de James Baldwin, fait écho à ces nouvelles voix américaines. Et c’est une énorme chance que certains travaillent à nous rappeler qu’une société pensée pour tous doit être capable de bien nommer les événements qui la traversent, car mal nommer, c’est ajouter du malheur au monde4. Il serait donc temps de trouver le mot juste pour nommer ce qui provoque la discrimination contre la différence, au-delà du racisme. Rachèle Bevilacqua

1 Pap Ndiaye, La condition noire. Essai sur une minorité française, Gallimard, « Folio », 2009. Voir le premier chapitre de son livre.
2 Karen E. Fields et Barbara J. Fields, “Of Rogues and Geldings”, Racecraft, Soul of Inequality in American Life, Verso, 2012, p. 95. Alors que nous rédigeons cette note, les éditions Agone annoncent publier, le même jour que la sortie d’Ici recommence l’Amérique d’Eddie Glaude, ce livre sous le titre La Fabrique de la race. Au cœur de l’inégalité aux États-Unis d’Amérique.
3 Thomas Chatterton Willams, Autoportrait en noir et blanc. Désapprendre l’idée de race, traduit de l’anglais (États-Unis) par Colin Reingewirtz, Grasset, 2021, p. 167.
4 « L’idée profonde de Parain est une idée d’honnêteté : la critique du langage ne peut éluder ce fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine qui a longtemps poursuivi Parain et qui lui a inspiré des accents si émouvants, c’est le mensonge. Sans savoir ou sans dire encore comment cela est possible, il sait que la grande tâche de l’homme est de ne pas servir le mensonge », Albert Camus, « Sur une philo- sophie de l’expression », Œuvres complètes, Tome 1, La Pléiade, 2006, p. 908. « La logique du révolté est de vouloir servir la justice, pour ne pas ajouter à l’injustice de la condition, de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel et de parier, face à la douleur des hommes, pour le bonheur », Albert Camus L’homme révolté, Gallimard, 1951, p. 352.