Journal d’une femme noire

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« Les Éditions du Portrait rendent hommage à la puissante clairvoyance de l’artiste et intellectuelle Kathleen Collins » Livres Hebdo 2020

“Les textes de Kathleen Collins prouvent qu’elle était une artiste polyvalente, dotée d’un talent extraordinairement original, singulier et pluriel. Tout simplement une des meilleures dans la création littéraire et cinématographique. ” The New Yorker- Février 2019

Dans une société américaine à peine affranchie de ses lois racistes, les Afro-Américains, en exerçant leurs droits civiques, peuvent enfin accéder à leur vie. Cette nouvelle liberté suscite une exaltation et un bouillonnement racontés par Kathleen Collins à travers les relations amoureuses et filiales d’une femme noire, installée à New York.

Mais être soi, c’est inévitablement faire l’expérience de la différence, d’une autre vie, et parfois d’une autre couleur de peau. C’est s’exposer à des réactions infimes, démesurées et ressentir le poids de l’Histoire qui pèse silencieusement sur chaque existence. Kathleen Collins plonge le lecteur dans ces interactions, éminemment politiques et intimes.

Malicieux et pétillants, sincères et vivants, ces écrits livrent une critique du discours blanc dominant tout en dénonçant les idéologies afrocentristes. Le féminisme universaliste et précurseur de Kathleen Collins se distingue de celui qui se pense en fonction du genre, de l’orientation sexuelle ou de la couleur de peau. On entend l’écho des voix de James Baldwin, de Ralph Ellison et de Richard Wright.

Journal d’une femme noire réunit des nouvelles, des lettres, des fictions et des extraits de journaux. L’effet miroir entre la fiction et la non fiction est une formidable introduction à l’oeuvre de cette autrice majeure célébrée par le Women Prize for fiction en 2019. Les écrits de Kathleen Collins ont été publiés à titre posthume en 2015 et 2016.

Kathleen Collins était engagée dans le mouvement des droits civiques. Après des études en philosophie et religion à la prestigieuse université de Skidmore, elle obtient une bourse pour compléter son cursus à la Sorbonne. Elle a enseigné l’écriture à l’université de New York et a signé un film culte Losing Ground sorti en 1982.

Traduit de l’américain par Hélène Cohen et Marguerite Capelle

Couverture ©Tylor Durand

www.leseditionsduportrait.fr

Mars 2020 – Prix 15 € – 144 pages

ISBN Papier 978-2-37120-023-4      ISBN digital 978-2-37120-024-1

144 pages –15 €  (version papier) et 10, 99 €   (version numérique)   


Logo_SNCC.svgNée en 1942, Kathleen Collins a grandi à Jersey City. Elle suit des études à la prestigieuse université de Skidmore dans l’État de New York et en 1963, elle obtient une licence de philosophie et de religion. En 1965, elle est récipiendiaire d’une bourse pour compléter son cursus à la Sorbonne ; elle en sortira diplômée en littérature française et en cinéma. Entre-temps, Kathleen Collins s’est engagée dans le mouvement des droits civiques après avoir rencontré les leaders du SNCC, Student Nonviolent Coordinating Committee (Comité de coordination non-violent des étudiants) dont le logo, une main noire qui serre une main blanche, affiche, on ne peut plus clairement, les convictions.

De retour aux États-Unis, Kathleen Collins enseigne l’histoire du cinéma et l’écriture scénaristique à l’université de New York. Parallèlement, elle mène une carrière de scénariste et de réalisatrice à une époque où rares étaient les femmes, les femmes noires en particulier, à accéder à ces ambitions. Losing Ground, son premier long métrage, sorti en 1982, est le premier dans l’histoire du cinéma à être dirigé par une Afro-Américaine. Le film remportera le premier prix au Festival du film international de Figueira au Portugal, deviendra culte pour les cinéphiles et en 2019, il est au programme du festival international de Locarno. Kathleen Collins a écrit tout au long de sa vie. Elle a tenu un journal, écrit des nouvelles, de nombreuses lettres, des pièces de théâtre et des scénarii.

Son oeuvre est traversée par une curiosité débordante pour l’individu et ses comportements. Selon elle, si la couleur de peau a une influence certaine sur la vie d’une personne, la couleur de son épiderme, sa “race” 1- sont insuffisantes pour la définir, comme le rappelle l’encyclopédie Greenwood de littérature multiethnique américaine (p 482). Le regard et la pensée de Kathleen Collins étaient précurseurs et courageux à une époque où les communautés, pour se définir, privilégiaient encore plus leurs différences culturelles qu’aujourd’hui.

Kathleen Collins décède à l’âge de 46 ans d’un cancer du sein.

En 2015, le Lincoln Center de New York programme Losing Ground ; c’est une déflagration. Est révélée la réalisatrice, Kathleen Collins, et bientôt l’écrivaine Kathleen Collins. Sa fille, Nina, profite de cet enthousiasme et fait publier les écrits de sa mère, restés jusqu’alors dans ses tiroirs.

Slate écrira en 2017 : « L’oeuvre de Collins va être, sans aucun doute, aujourd’hui canonisée mais quel dommage que cela n’ait pas été fait plus tôt et le New York Times book Reviews en 2016 annonce « Éblouissant (…) dans ses nouvelles, nous découvrons une écriture habile, un regard affûté, mordant notamment quand elle fait apparaître le politiquement correct

 1- voir la définition du mot race dans la note de l’éditrice

Note de l’éditrice

En février 2015, dans le cadre de son festival Tell It Like It Is: Black Independents in New York, 1968 – 1986, le Lincoln Center à New York programme Losing Ground, un film sorti en 1982, écrit et réalisé par Kathleen Collins, dans lequel elle suit la vie amoureuse et sociale d’une intellectuelle afro-américaine. Le long métrage, l’un des premiers signé par une femme afro-américaine, enchante la communauté des cinéphiles mais passera inaperçu auprès du grand public. Trente ans plus tard, c’est une déflagration, les médias et le public s’enthousiasment. Le talent de Kathleen Collins est révélé. Sa fille Nina Lorez Collins décide alors de proposer à la publication les textes de sa mère restés dans un tiroir. En 2016, Whatever happened to interracial love, un recueil de nouvelles, provoque aussi une pluie d’éloges. Pour Zadie Smith, « elle est une écrivaine exceptionnelle », le Financial Times considère lui que « nous avons besoin de livre comme ceux-là pour nous aider à préparer l’avenir » ! En 2019 sort Notes from a black woman’s diary, qui regroupe des fictions, des journaux, des lettres, des pièces de théâtre et deux scénarii : à nouveau les louanges l’accompagnent. « Éblouissant… nous découvrons une écriture habile, un regard affûté, mordant notamment quand elle fait apparaître le politiquement correct » écrit The New York Times Book Reviews.

La présente édition de Journal d’une femme noire est issue d’une composition élaborée à partir des textes cités ci-dessus. Nous avons rassemblé des nouvelles (tirées du recueil Whatever happened to interracial love), des extraits de son journal et des lettres (issues des Notes from a black woman’s diary). En effet, transmettre la formidable puissance des écrits de Kathleen Collins, où l’imaginaire et l’intime d’une femme afro-américaine rencontrent l’Histoire et notamment la récente égalité de droits pour les Noirs américains, passait, nous semblait-il, par une mise en miroir de la fiction et de la non fiction.

Nous publierons prochainement un recueil de nouvelles qui réunira les derniers textes de Kathleen Collins, dont la mort prématurée, à l’âge de 46 ans, ne lui a, malheureusement, pas laissé le temps de poursuivre son œuvre.

Rachèle Bevilacqua

Sur le mot « race »

Kathleen Collins utilise le mot race dans ce texte. Aux États-Unis, ce terme fait partie du vocabulaire courant, non pour opérer une différence biologique entre les personnes, mais pour marquer une différence de traitement social. Cette définition du mot « race » permet ainsi aux sciences sociales de prendre en compte la spécificité des expériences vécues par les Afro-Américains. Elle permet également de réfléchir aux façons de mettre fin aux discriminations.

En 2009, l’auteur Pap Ndiaye a consacré une partie très instructive du premier chapitre de son livre La condition noire : essai sur une minorité française (Folio-Gallimard) à l’emploi du mot race dans la langue américaine.