Braves bêtes,animaux et handicapés même combat ?

bravebetePetite fille, Sunaura Taylor entend des enfants dire qu’elle marche comme un singe, mange comme un chien et que son handicap la fait ressembler à un animal. Elle, qui aime tant les animaux, s’étonne que cette comparaison soit péjorative car, après tout, l’être humain est un animal.

Bien entourée par sa famille pendant toute son enfance, Sunaura Taylor désire ardemment se mettre en lien avec le monde et vivre sa vie. Mais atteinte d’arthrogrypose, une maladie congénitale qui affecte les articulations, elle va s’apercevoir que la société est pensée par et pour les bien-portants, les seuls qu’elle valide et légitime.

Qu’est-ce qui nous autorise à déconsidérer certains êtres vivants jusqu’à parfois les déclasser ? Militante de longue date pour la cause animale, Sunaura Taylor montre combien la discrimination envers des personnes non valides procède du même mécanisme social et culturel que la maltraitance et l’exploitation des animaux. Personnes handicapées et animaux sont vus comme des êtres incapables, des fardeaux, dépourvus des facultés qui donneraient sa valeur à l’existence.

En partageant son expérience, nourrie par un corpus de connaissances, Sunaura Taylor signe un premier livre récompensé en 2018 par l’American Book Award et pour la première fois traduit en français.

Braves bêtes va marquer l’histoire de la pensée mais aussi ses lecteurs, qui en sortiront transformés et grandis.

« Un livre réjouissant, accessible, parfois hilarant sur la condition humaine, abordée d’une façon tout à fait nouvelle. Ce livre pourrait être très, très important. » Rebecca Solnit, sélectionnée pour le National Book Awards 2018, autrice de Ces hommes qui m’expliquent la vie (Éditions de l’Olivier)

Traduit de l’américain par Élisabeth Sancey et Cyrielle Ayakatsikas
ISBN papier :  978-2-37120-019-7      ISBN digital : 978 2 37120 020 3

Couverture © Tylor Durand

432 pages – 24,90 euros (version papier) et 14,99 euros (version numérique)                   
Pour pré-commander le livre cliquez-ici, vous le recevrez le 4 octobre au matin.

 Rencontre entre Sunaura Taylor et Judith Butler – extrait d’Examined Life de Astra Taylor

Née en 1982 à Tucson (Arizona), Sunaura Taylor est atteinte d’arthrogrypose, une maladie congénitale qui affecte les articulations. Elle contracte cette maladie, comme d’autres enfants de son quartier, car sa mère enceinte a été contaminée, en buvant de l’eau du robinet, par les déchets toxiques enterrés dans le sol de la région par l’armée américaine.
Avec ses frères et soeurs, Sunaura Taylor devient végétarienne vers l’âge de 6 ans lorsqu’elle comprend que « viande » signifie « animal ». Elle s’engage alors en famille dans la défense des droits des animaux. Bien des années plus tard, lorsqu’elle peint les poulets qu’elle a vus, entassés dans un camion qui les mène à la mort, Sunaura Taylor comprend l’importance de considérer les animaux d’un point de vue intersectionnel. Tous les corps subissent l’oppression du validisme : son militantisme pour les personnes handicapées rejoint celui pour la cause des animaux.
Sunaura Taylor a suivi des études d’art et reçu en 2004 le Grand Prix de l’organisation VSA pour les nouveaux artistes ayant un handicap. En 2008, elle est lauréate du prix de la Joan Mitchell Foundation. Ses peintures sont exposées à travers les États-Unis, notamment à la Smithsonian.
Sunaura Taylor signe également de nombreux textes dans les médias, dont le très remarqué Is It Possible to Be a Conscientious Meat Eater ? . Braves bêtes est son premier livre publié. Il a été récompensé en 2018 par l’American Book Award.
Dans Examined Life, réalisé par sa soeur, Astra Taylor, et consacré à plusieurs philosophes contemporains, elle se balade avec Judith Butler dans les rues de San Francisco et s’entretient sur le genre, le corps, les politiques d’inclusion et d’exclusion des personnes handicapées. Pour le New Yorker, « Judith Butler rencontre saint François d’Assise. »
Sunaura Taylor vit aux États-Unis où elle enseigne.

Note de l’éditrice

Le livre que vous allez découvrir éclaire sur un système de valeurs discriminant lié au corps : le validisme, également appelé capacitisme.

Le terme validisme est une traduction* de l’anglais ableism (able : capable, compétent).Ce système établit une hiérarchie entre les êtres, selon leurs capacités intellectuelles, physiques et affectives. Seuls le corps et l’esprit valides, dotés d’une raison cartésienne et d’une bonne santé, sont socialement reconnus et jugés susceptibles d’agir et de représenter la vie. C’est ce qui donnerait à une existence sa valeur. Le corps, l’esprit invalides sont eux, consciemment ou pas, dévalorisés, déconsidérés voire déclassés. Ce système, nous l’avons tous, qu’on le veuille ou non, intériorisé.

Il nuit en premier lieu aux personnes handicapées et à toutes celles et ceux qui ne correspondent pas à la norme valide : grand âge, maladies chroniques, dépressions, physiques atypiques, mais aussi timidité extrême, manque de courage par rapport à une norme conquérante…

Le validisme autorise et légitime aussi la maltraitance et l’exploitation industrielle des animaux. C’est parce que l’animal n’est pas doté des mêmes capacités intellectuelles, physiques et affectives que la personne valide que l’être humain justifie sa violence à son égard : gavages, déformations et mutilations pour atteindre une hyper-rentabilité, expérimentation sur les animaux pour l’industrie pharmaceutique, usage de l’animal à des fins touristiques et de divertissement.

Voilà comment le combat contre les oppressions vécues par les personnes handicapées et la lutte pour les droits des animaux peuvent se rencontrer dans l’analyse menée par Sunaura Taylor. « J’ai voulu montrer que validisme et spécisme étaient inextricablement liés » annonce ainsi Sunaura Taylor. Le spécisme, explique-t-elle, « c’est croire que les êtres humains sont supérieurs à tous les autres animaux et fermer les yeux sur nos pratiques et notre domination sous prétexte que nous, humains, sommes au-dessus des animaux, tant sur un plan spirituel que biologique. »

* Nous avons choisi de traduire ableism par validisme plutôt que par capacitisme car il est le terme choisi par les milieux militants français et que l’autrice, Sunaura Taylor, a fait de la cause des handicapés son combat. Il nous paraissait important de rester dans ce registre et d’« oser » le terme technique inconnu du grand public.